In da bus

Du bien commun

A l’heure où certains se réveillent, la plupart d’entre nous affrontent le vrai combat de la vie. Un combat de tous Bus à pas l'heure de pointeles instants, qui au quotidien obéit au même rituel. Un rituel des plus exigeants mais pourtant indispensable.
Ce rituel, vous le connaissez tous, tout comme moi, c’est celui du transport en commun, le bien commun. Véritable sanctuaire du « fihavanana » malgache, le bus reste en effet l’un des aspects les plus sociaux de la capitale.
Partage, émotion et contact envahissent nos débuts ou nos fins de journées et ce au quotidien. Car peu importe l’heure à laquelle tu montes dans un bus, tu auras toujours quelque chose à raconter, et partout on te répondra que c’est pour le bien commun.
Et oui partage, car ton voisin lui n’hésitera à aucun moment à te présenter ses indésirables partenaires de la nuit, entre puces et chiques ou tiques pour le côté chic. Et quand ce ne sont pas ses charmants animaux de compagnie, il te fera comprendre à force de coup de bras que la douche chez lui, c’est comme une oasis au Sahara, parfois rare, parfois un simple mirage. Et là, tu goûteras avec dégoût ses effluves matinales. A défaut, la mère de famille pressée te présentera son bébé qui a du une fois de plus mouiller ses dessous où lâcher une quelconque substance dont nous tairons obligatoirement le nom.
Et c’est ainsi que tous les matins comme beaucoup d’entre nous, tu côtoies le Tana du matin, le Tana du soir, un Tana altruiste, de ses truies et de ses cochons.
Mais le bus quoiqu’en dise reste un lieu de vie intense. Entre les rencontres insolites, comme ce jour où j’ai pu faire la conversation avec une table, les quatre pieds en l’air. Les animaux de la basse-cour qui voyagent à nos côtés, le bus reste un endroit du bien commun. Il nous conduit là où nos pieds ne peuvent plus nous porter, quand martyrisées par nos talons, on se met à boiter machinalement. Un compagnon de lutte, toujours là prêt à te conduire et à te porter tel le veau à l’abattoir.
Pourtant, c’est au détour d’un strapontin, que je pourrai croiser le regard de celui qui fera peut-être un jour un bon père pour mes enfants. Un regard croisé entre deux arrêts, de ce genre d’histoire entendue ici et là, qui en ferait rêver plus d’une.
Ou encore cet ami éphémère qui passe sans rester mais qui le temps d’un instant me fait oublier la lenteur du trajet.
Cet ami olfactif, qui sans un geste noiera les effluves suaves de cette femme qui semble être poissonnière de profession.
Et aussi, tout au long du trajet, les bons mots de certains passagers, face à un malotru quelque peu insistant, ou d’un chauffeur quelque peu mollasson, ces petits instants uniques partagés à 32. Le bien commun je vous dis, qui alimentera votre fou rire de la journée ou qui finira en coup de gueule de la semaine.
Un jour peut-être viendra où j’arrêterai de prendre le bus. Mais comment cette boîte à sardines, je peux vous le dire va me manquer alors. Témoin de rencontres anodines, d’anecdotes percutantes, ces lignes qui sillonnent nos artères polluées au fond ce sont nos bus, notre bien commun.